le mythe

Embrunman

Lieux

Embrun, France

Site officiel

Embrunman

Date

15/08/2025

Type de course

10h28 d’effort – une victoire gravée

Le vendredi 15 août 2025, à 5h50 du matin, dans l’obscurité encore dense, je prenais le départ du mythique Embrunman. Cette course représentait bien plus qu’une ligne de départ pour moi : c’était un challenge personnel, un véritable test de dépassement de soi, et surtout un objectif : franchir la ligne d’arrivée.

Mon coach m’avait dit un jour : « Tu ne seras une vraie triathlète que lorsque tu auras fait l’Embrunman. » Aujourd’hui, je peux enfin dire que je le suis.

La magie du départ

Le départ a été donné à 5h50, dans la nuit encore noire. Cela donnait une ambiance presque irréelle : on distinguait à peine les bouées dans le lac, seule la lune scintillait au-dessus de nous. J’étais calme, prête, excitée aussi par ce défi qui m’attendait. Je vivais l’instant présent, les yeux levés vers la lune, puisant une dernière bouffée d’énergie avant le coup de sifflet.

La natation n’a pas été facile à cause du manque de visibilité, mais les petites lumières sur les bouées m’ont aidée à m’orienter. En finissant mon deuxième tour et me dirigeant vers la sortie, un kayak s’est mis en travers de mon chemin pour me dire : « Encore un tour ! » J’étais allée tellement vite qu’il ne me croyait pas lorsque je lui ai dit que j’avais déjà fait les deux ! Finalement, je sors de l’eau en 50’37, en tête, sous les encouragements des spectateurs qui m’ont offert une énergie incroyable dès les premières minutes.

Le vélo : entre force mentale et paysage idyllique

Rapidement, je saute sur mon vélo pour entamer les 185 km et 5 000 m de dénivelé positif. Les premières heures étaient tout simplement magiques : le soleil se levait sur les montagnes et le lac encore animé par les nageurs attardés. J’ai pris une seconde pour apprécier cette chance : pédaler dans un décor aussi magnifique.

Le parcours était exigeant, alternant montées raides et descentes techniques. L’ascension du col de l’Izoard (14 km à 7%) restera gravée dans ma mémoire : des kilomètres de montée avec un paysage à couper le souffle qui rendait l’effort plus supportable. À chaque virage, je me répétais : « Quelle chance j’ai d’être ici. »

Mon objectif était clair : tout donner dans chaque montée pour creuser un peu l’écart avec mes poursuivantes. Mais la course restait très solitaire : je croisais seulement quelques hommes qui me dépassaient. Cela demandait une concentration extrême : garder le rythme, rester motivée, et surtout ne pas laisser l’esprit vagabonder.

Dans une épreuve aussi longue, le mental prend souvent le dessus. On peut très vite relâcher l’effort ou perdre la concentration, que ce soit dans une montée soutenue ou dans une descente technique. Ma clé a été une stratégie de nutrition irréprochable : comme une voiture qui roule tant qu’elle a de l’essence, j’ai fait avancer mon moteur grâce à mes gels au sirop d’érable et ma boisson électrolyte.

Le retour depuis Briançon était loin d’être une partie de plaisir : encore de nombreuses montées et un soleil qui commençait à taper fort. Heureusement, les spectateurs le long de la route donnaient un vrai coup de boost. Puis, au kilomètre 172, alors que l’on croit que la transition est proche, il reste cette fameuse côte du Chevalet : 7 km d’ascension où j’ai dû puiser dans mes dernières ressources pour enfin poser le vélo après 6h18 de vélo.

Le marathon : chaque pas compte

Je pars sur le marathon en première position avec environ 4 minutes d’avance sur ma coéquipière Nina Derron. Le parcours commence fort : une longue montée qui devient de plus en plus raide, trois boucles à gérer, et un soleil qui chauffe.

Pendant le deuxième tour, l’écart avec Nina commençait à diminuer légèrement, me laissant encore trois minutes d’avance. Là, j’ai vraiment dû me battre. C’était ce moment où tout peut basculer, où on a envie de ralentir pour soulager la douleur. Mais je me suis fait confiance, je me suis dit que mon rythme était le bon, et j’ai tenu.

Sur la course à pied, le mental prend toute la place : tout fait mal, le corps est déjà vidé par le vélo, et chaque pas coûte. Mais rien n’est joué : un marathon est long, tout peut arriver. Je me suis donc concentrée sur de petites cibles : dix mètres après dix mètres, ravitaillement après ravitaillement.

Les supporters étaient extraordinaires : jamais je n’avais entendu autant de fois mon prénom. « Allez Alanis ! Courage ! T’es trop forte ! » Ces mots m’ont portée. Et puis il y avait mes parents, présents le long du parcours, que j’ai pu voir plusieurs fois : leur sourire m’a donné un vrai boost dans les moments difficiles.

Cette bataille intérieure a été le fil rouge de ces 3h16 de marathon.

Le dernier kilomètre et l’émotion

Ce n’est que dans le dernier kilomètre que j’ai commencé à y croire vraiment. La douleur était là, mais je la savourais presque. Franchir cette ligne d’arrivée a été un énorme soulagement. C’est là qu’on m’a annoncé mon temps : 10h28’19, et un record féminin battu de plus de 10 minutes, dans cette 41ᵉ édition mythique. J’étais incrédule, puis l’émotion m’a envahie : la joie, la fierté, l’accomplissement.

Partager cette victoire avec Nina, qui termine deuxième, et avec mes parents venus me soutenir, a rendu ce moment encore plus fort.

Au-delà de la performance

Derrière ces 10 h 28 d’effort, il y a eu une montagne d’émotions : de la joie à la douleur, du doute à la satisfaction. L’Embrunman m’a appris beaucoup sur moi-même : sur ma capacité à me dépasser, à gérer la difficulté, à aller chercher loin dans mes ressources. Merci à Gérald et toute l’organisation de cette 41ème édition!

Je veux aussi féliciter tous les finishers : vous avez relevé un défi extrême, vous vous êtes surpassés, transcendés, et pour ça, vous pouvez être fiers de vous. Vous avez tous écrit une page de cette course légendaire.

Un immense merci à mon coach, qui croit en moi depuis le début, et à qui je suis fière de pouvoir rendre cette confiance en ramenant cette victoire. Beaucoup de ses athlètes ont pris le départ de cette course ces dernières années, et continuer cette histoire avec lui, c’est quelque chose qui compte pour moi.

Et pour toutes les femmes qui hésitent encore à se lancer dans un format comme celui-ci : sachez qu’on a notre place ici, qu’on peut écrire l’histoire nous aussi, et que cette victoire, elle est aussi pour vous.

3 Commentaires

  1. Ducky’a mummy

    Tu as été phénoménale! C’était une aventure incroyable à vivre! Encore bravo

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    • Alanis Siffert

      Merci beaucoup d’avoir été là pour me soutenir et me donner plein de force et d’énergie! Cela a fait toute la différence!

      Réponse
  2. Thérèse Michot

    Encore une fois BRAVO. FIÈRE DE TOI.

    Réponse

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